Compte-rendu : Biodiversité et écologie de la conservation

Comment combiner exigences scientifiques, accessibilité aux données et adéquation aux différentes contraintes de gestion ?


Liens vers Etherpad pour la prise de note : http://piratepad.net/bioete-ecologie-conservation
et le compte-rendu de nos échanges.

Compte-rendu :

Animateur : David Kumurdjian
Reformulateur : Marie-Laure Navas
Secrétaire : Sophie Lemonnier

Matin :

Questions posées après les deux présentations :

Marc Maury : demande de précisions sur l'indice global de biodiversité

YM : L'indice totalise les résultats des différentes espèces suivies. Il a été conçu pour communiquer avec la région Alsace qui voulait un chiffre. On part d'un total de 23 taxons suivis et l'indice permet de suivre l'évolution de la biodiversité globale.

MM : c'est important d'avoir ce type d'indicateur pour les politiques et les citoyens

- le problème qu'on a eu c'est que 8 indicateurs montent et 8 descendent, l'indicateur moyenne les choses sans forcément pointer clairement les problèmes

Claudie Houssard (CREN LR): est-ce que ce travail mené au Muséum s'accompagne d'efforts de formation pour stimuler la dynamique des observateurs et raviver le nombre de participants?
Comment s'organise l'apprentissage ?

Rose-Line Preudhomme (MNHN) : un des buts de cet observatoire c'est l'apprentissage. L'exemple de STOC repose sur un réseau associatif. On développe une information sur ces démarches auprès du public avec des fiches, pour le projet d'observatoire en lien avec les lycées agricoles on réfléchit à des formations.

YM : ça repose en Alsace sur le réseau associatif, personnes qui soutiennent + réseau d'observateurs de terrain. Ex avec STOC, cela nécessite des compétences d'identification des oiseaux à partir des chants ce qui n'est pas à la portée de tout le monde..

John Thompson : est-ce que vous avez pondéré les changements par rapport à la rareté des espèces, il faudrait y réfléchir pour cet indice global ?

Laurent Larrieu (INRA Toulouse) : c'est une très bonne initiative de mener ce genre d'action à cette échelle, mais c'est un peu dérangeant de mélanger les différentes données et en particulier des données sur des taxons à statut et d'autres sur des taxons plus communs. Problème d'appeler cet indice indicateur global de biodiversité quand on travaille essentiellement sur des taxons peu diversifiés sur le plan spécifique, d'autres indicateurs seraient plus représentatifs (champignons, arthropodes ...).

YM : on essaie d'élargir, l'observatoire a 5 ans et n'est pas figé.

Eric Imbert : en tant qu'universitaire, le pb est très simple, quand il y aura des moyens financiers on pourra payer des observateurs compétents et on les formera. Pour l'instant on ne peut pas former des observateurs puisque ce n'est pas un métier !
On a des indicateurs pour tout aujourd'hui (performance de l'Education Nationale, activités de recherches ...), on est en train d'aspirer nos pauvres moyens vers la production d'indicateurs et on a l'impression que ça s'arrête là. L'exemple du Courlis cendré est frappant, l'indicateur pertinent c'est la présence-absence de tel ou tel habitat.

YM : c'est la demande qui nous est faite par les collectivités, c'est le moment de faire passer des messages, nos indicateurs servent à influer sur les politiques publiques

Agnès Fortier (sociologue INRA) : question des rapports entre citoyens ordinaires et amateurs, est-ce que ça crée une émulation ? S'interroge sur ce mouvement de rationalisation de la donnée, dans quelle mesure les amateurs sont-ils prêts à rentrer dans ces dispositifs très normés ?

YM : on essaie de drainer toutes les associations faune-flore, pour l'instant les entomos ne rentrent pas trop dans la démarche, ils sont dans une démarche de sociétés savantes qui collectionnent de la donnée et ne sont pas prêts à franchir le pas.
L'échelon intermédiaire c'est les associations qui peuvent expliciter ces démarches.

Laurent Wenk (conservatoire du littoral) : Qu'en est-il de l'étape suivante ? Quelle prise en compte de ces résultats dans les politiques publiques ?

YM : Dans ODONAT il y a FNE qui est l'interlocuteur des élus, c'est eux qui font le travail

Rose-Line Preudhomme(MNHN) : dans la stratégie nationale de la biodiversité les résultats de STOC ont été pris en compte, même chose pour l'observatoire de la biodiversité en milieu agricole, c'est le but recherché

Chloé Appert (Bayer) : quelle validité de l'indicateur global pour comprendre d'où vient le problème et tenter d'agir derrière ?

YM : d'accord sur le fait que l'indice brut ne permet pas de le faire, on essaie ensuite d'analyser et de communiquer sur les fluctuations de chaque indicateur

Yoann Paillet, CEMAGREF : on parle beaucoup d'indicateurs directs, qu'en est-il des indicateurs indirects.
Par ailleurs quel état de référence on choisit ?

Rose-Line Preudhomme : on peut mettre beaucoup de choses derrières les indicateurs indirects. Pour le grand public, des indicateurs indirects peuvent être considérés comme des indicateurs de biodiversité.
Pour simplifier on peut dire que indicateurs d'état= indicateurs directs, indicateurs de pression = ind indirects. Au Muséum on s'est focalisé sur les premiers. La biodiversité paysagère est également un indicateur indirect.

Après-midi :

reformulation des échanges du matin par ML Navas

Volonté de mise en place d'indicateurs compréhensibles par ceux qui doivent les utiliser ensuite.
Questions sur la validité de ces indicateurs, le fait qu'ils soient réducteurs, que certains peuvent avoir plus de valeur ou de poids

On a eu déjà une contribution transversale : pb de protocoles, question de l'appropriation des différents indicateurs et des différents publics, question de la prise en compte des résultats par les politiques publiques.

Au delà de la notion d'indicateur, 2 questions importantes ont émergé :
- question des observateurs souvent bénévoles, non rémunérés ; doivent-ils se professionnaliser.
- Question également de la dépossession des observateurs de leurs travaux.

Proposition pour l'après-midi : voir si au sein d'un groupe qui s'intéresse à l'écologie de la conservation vont émerger d'autres types d'indicateurs

Claudie Houssard : observateurs/bénévoles, il y a des exigences en terme de connaissances. Le cercle des acteurs et leur diversité est important, il y a nécessité de conserver la déclinaison par le bas, ce cercle qui est présent dans le Grenelle doit être respecté au niveau local.
On ne doit pas en rester au cercle restreint des professionnels, les données d'amateurs peuvent être très fiables

CEMAGREF Montpellier : importance d'avoir des données plus ou moins constantes, le changement de la quantité de données dans le temps peut poser problème.

Capucine Crosnier (DREAL LR) : proposition d'un groupe de réflexion au niveau régional sur ces questions là.

Au niveau national, au Muséum, des gens travaillent là-dessus, méthodes de rééchantillonnage
Cf à ce propos le graphe montré ce matin sur le compromis entre nombre de données et qualité des données. On ne pourra jamais être sûr que la donnée de base est fiable quand beaucoup de gens participen. Le plus important est de se doter d'outils statistiques. Le problème que ça pose c'est que ça dépossède l'amateur, parce que c'est technique.

- Comment pondérer le changement de la pression des observations surtout dans le cas des enquêtes participatives ?

- Marine legrand : on utilise la technique du krigeage : on estime la donnée probable là où on n'en a pas à partir des données les plus proches

John Thompson : a beaucoup apprécié l'intervention de ce matin, sauf la transformation de ces excellentes données, l'indicateur montre qu'il y a un vrai problème.

Claude Miaud (chercheur université de Savoie) :
pour schématiser, dans la façon d'organiser la prise de données il y a le système cathédrale, très cadré et le système souk, où tout le monde fait de tout, s'autoévalue, c'est l'ex de Tela Botanica
Quand on compare les 2 systèmes, on se rend compte que c'est le second qui est le plus performant.

Yoann Paillet (CEMAGREF) : cf réseau de placettes forestières permanentes

ML Navas : réaction aux 2 systèmes décrits : les systèmes cathédrales, Ils permettent une régulation à un instant donné, la crainte qu'on peut avoir c'est que dans 20 ans on ne puisse plus avoir la souplesse de les utiliser autrement. Ex donné d'un dispositif expérimental qui a montré que les plus célèbres suivis long terme ont donné lieu à des résultats auxquels on n'avait pas pensé initialement. Peut-être est-il nécessaire d'avoir les deux types de systèmes, le système souk permettant de faire émerger des questions qu'on ne se pose pas encore

Claude Miaud : la distinction entre suivi et inventaire doit être maintenue comme montré ce matin. Il ne faut pas considérer que l'indicateur soit réducteur : exemple du comptage des ongulés de montagne dans les Parcs nationaux, des indicateurs donnent plus d'indications sur la tendance d'évolution des populations.

Rose-Line Preud'homme : STOC au départ n'avait pas d'autre objectif que suivre la biodiversité. Actuellement de nouvelles exploitations de ces données sont menées (notamment sur le changement climatique), ce n'était pas dans les objectifs il y a 20 ans.
Standardisation : pour l'ex agricole, il y a des demandes de standardisation pour contribuer à la réflexion nationale.

Agnès Fortier (sociologue, INRA): C'est parce que ce sont des citoyens ordinaires qui récoltent ces données, ça répond à des motivations très diverses, en particulier l'inscription dans du relationnel, les gens ne sont pas là que pour produire de la donnée.

- dans les programmes de sciences participative, on s'adresse à des nouveaux publics pour lesquels on a besoin de standardisation : c'est plus simple pour eux et ça correspond au côté rigoureux de la science pour eux.

- est-on d'accord pour dire que l'essentiel c'est la donnée? Ne pas vénérer l'indicateur, ne pas attendre l'indicateur parfait, fiable et exhaustif. L'indicateur n'est pas l'illustration de la seule vérité, il n'est là que pour répondre à une demande à un moment donné, être un outil de communication et d'aide à la décision.

- D'accord avec le fait que la base c'est la donnée. Le problème de la donnée brute c'est que ça ne permet pas de traduire en terme de gestion. L'expert va traduire les choses uniquement pour le taxon pour lequel il est spécialiste, un autre, se basant sur un autre taxon pourra dire des choses contradictoire en terme de gestion. Souvent on en a une traduction en terme de gestion patrimoniale de la biodiversité, avec une visée très pointue : ex il y a très peu d'entomologistes qui ont une vision élargie en introduisant d'autres taxons dans la réflexion

- Marine Legrand (MNHN): nécessité que chaque acteur de l'écologie de la conservation ait une vision globale prenant en compte l'écosystème.
Autre sujet important : la conservation de la culture naturaliste, il est important de la garder vivante.

- ML Navas : A t-on besoin d'une culture naturaliste dans tous les champs pour l'écologie de la conservation ?

- M L : Ca peut avoir un impact sur la manière dont la société se comporte. Ex : si on sait comment se comportent les abeilles on ne va pas pulvériser d'insecticides.

Pierre-André Pissard (CEMAGREF) : responsable d'un programme de recherche sur 2 départements. les associations sont les premières pourvoyeuses de données(amateurs souvent bien plus qualifiés que des scientifiques). Problème : les protocoles ne sont pas les mêmes , on fait donc du bricolage avec ces sources diverses de données. Comment faire en sorte que tout le monde travaille ensemble dans un projet de recherche ? Les données ont coûté cher à établir, l'état pourrait cadrer financièrement l'acquisition de ces données, en 2010 !

- un "amateur" ça veut dire quelqu'un qui n'est pas payé, il peut être par ailleurs un grand scientifique

Capucine Crosnier : dans le cadre des systèmes d'info sur la nature et les paysages, les têtes de réseau sont essentiellement des associations qui demandent des contreparties (de l'education à l'environnement, se former ...), certaines font aussi des inventaires en étant financées par des fonds publics

- Agnès Fortier : revenir à la question des sciences citoyennes, il y a un référent qui est la science. On sait quelles sont ses limites, ceux des savoirs scientifiques qui sont contextualisés, nécessité aussi de faire appel à des savoirs locaux. Au départ on avait l'objectif de faire appel à tous types de données, en fait on ne s'intéresse qu'aux savoirs naturalistes

- C Crosnier : il est aussi prévu de référencer des données de type documentaires

- David Kumurdjian : du moment que les enjeux doivent être partagés la question des données ne suffit plus, ça pose la question des différentes formes de savoirs et de leur légitimité.

Nouvelles questions ?

- Jean Roche, consultant en environnement : question de la convergence des indicateurs quant à l'information qu'ils fournissent, que fait-on quand différents indicateurs donnent des avis différents ?

- en écologie il y a de nombreux paramètres, on utilise le principe de hiérarchisation, en fonction de la question que l'on se pose (ex macro-invertébrés pertinents pour pollutions organiques, bryophytes pour poll chimique)

- un exemple concret : projet de préservation d'une prairie humide avec le dernier mâle chanteur de râle des genets. Le râle, considéré comme un indicateur a disparu, alors que la prairie a subsisté dans un bon état de conservation, on peut avoir un effet boomerang avec le choix d'un mauvais indicateur.

- un autre ex : ça peut être que la question de départ est trop globale. Par exemple en Camargue certains grands oiseaux bénéficiant de protection ciblée sont en augmentation alors que les petits passereaux sont en raréfaction du fait de l'évolution de l'agriculture

- Qu'est ce que le bon état de conservation ?

- Franck Dugueperoux, Parc National des Cévennes : au Parc on ancre les actions dans la durée, on multiplie les indicateurs, y a t-il de bonnes synthèse sur l'approche scientifique de l'utilisation des indicateurs ?

- Il faut dissocier le fait de construire les indicateurs (scientifiques) et de les utiliser. Dès la construction il faut se poser la question de qui va les utiliser.

- un ex précis de contradiction : question de la transformation de la chenaie sessiliflore en peuplement de production. 3 taxons ont été suivis (syrphidés, coléoptères et et chiroptètes), les insectes semblaient montrer un intérêt faible, par contre les chiroptères montraient un fort intérêt. Au final on a déconseillé la transformation, mais plutôt de laisser l'évolution spontanée du milieu vers la hêtraie sapinière.

- Mario Kleczewski, CREN LR : à la base on a besoin d'inventaire de la biodiversité dans tous ses états. Le choix des taxons est souvent subjectif (sp charismatiques, faciles à déterminer ...). Besoin de définir de façon claire la question à laquelle les indicateurs doivent répondre. Cet indicateur n'existe pas, les grands papillons ne répondent qu'à la question de l'ouverture des milieux par ex.

- David Kumurdjian : Ça rejoint la question de qui réfléchit les indicateurs, qui les utilise ?

- chercheur universitaire : jusque là on n'a parlé que d'indicateurs de Richesse Spécifique qui ne renseignent que très peu sur les processus (écosystèmes, communautés). Ces indicateurs, les scientifiques ne les utilisent que très peu. On fait des relevés de végétation mais on sait bien que ce n'est pas l'indicateur pertinent pour l'état de conservation. Le problème c'est que les bons indicateurs ne sont pas utilisables pour des questions de technique et de temps.

ML Navas : dans le cadre de l'atelier y a t-il des pistes innovantes à rechercher ? les méthodes traditionnelles de détermination de la Richesse spécifique ne sont pas valides d'un point de vue statistique. D'autre part ce n'est pas l'identité des espèces qui renseignent sur la dynamique des milieux. Ces deux choses remettent en cause ce qui est mis en pratique.
Ça renvoie à la question : quelles sont les situations dans lesquelles le savoir naturaliste est indispensable ?

- Les demandeurs dans les espaces gérés échangent abondamment avec les scientifiques des grands centres universitaires. Peut-être sont-ils trop sollicités, mais le problème n'est pas vraiment là.

- On n'a pas assez insisté sur la différence entre descripteur et indicateur, il faut se mettre d'accord sur un vocabulaire commun (cf notamment articles du muséum là dessus) :
descripteur : la prise de données, au niveau de sites gérés par ex, raison d'être de l'espace protégé.
l'indicateur : une façon d'amalgamer ces différents descripteurs.

- Yves Muller : dans STOC on mesure également l'abondance, pas seulement la Richesse spécifique

- Claudie Houssard : importance de la culture naturaliste, elle est actuellement très minimisée. Il faut simplifier, aller vite, que ça ne coûte pas cher, ne pas contourner l'obstacle avec les indicateurs fonctionnels.
Point sur les espèces dites ombrelles ou parapluie qui permettent d'apporter de l'info sur l'évolution des milieux.

- ces espèces ombrelles indiquent quand elles sont présentes que l'écosystème est en bon état de conservation. mais comme parfois on les réintroduit, on peut se demander si elles sont réellement symptomatiques ?
Critères fonctionnels peuvent-ils attester du bon fonctionnement ?

- chercheur CEMAGREF : attention, actuellement la notion d'espèce parapluie est remise en cause scientifiquement, par ex le grand tétras.
CF l'intérêt des indicateurs indirects : ex de l'indice de biodiversité potentielle dans les écosystèmes forestiers : on a transcrit la diversité taxonomique par les support de cette biodiversité (les supports, micro-habitats .... 10 facteurs très facilement notables par les forestiers de terrain

PAUSE

2 interventions pour relancer la discussion :

Mario Kleczewski, témoignage sur l'expérience du programme RHOMEO.

Demande sociétale qui émane de l'agence de l'eau : évaluer l'état écologique des zones humides, qui participent à la qualité de l'eau.
Plusieurs régions concernées : LR, PACA, Rhône-Alpes.
Développer des indicateurs le plus simple possible pour répondre aux questions : quel est état des zones humides, quelles actions développer ?
- Première démarche : utiliser des indicateurs déjà suivis par les naturalistes (papillons, odonates ...)
- Deuxième démarche : trouver de nouveaux indicateurs en lien avec les pressions anthropiques. Groupes d'experts amenés à les définir par rapport aux pressions, dégradations (par exemple eutrophisation, labours ....). Définition d'indicateurs à 3 échelles (espèces, communautés, paysages), et indicateurs liés à 3 critères (structure, composition, processus).

- Qu'est que l'état des zones humides ?

-MK : Correspond à évaluer l'écart entre l'état de référence optimum et l'état actuel. (Bon, moyen, défavorable).

- Ca pose la question de ce qu'est l'état de référence optimal, est-ce lié à la naturalité ?

- MK : la Naturalité = degré d'intervention de l'homme, dans ce sens là n'est pas prise en compte.

- ça pose la question de définir le bon état écologique par le bon fonctionnement, sauf que c'est pas facile de savoir ce qu'est un bon fonctionnement.

-MK : c'est le travail des experts qui rassemblent les connaissances sur les zones humides pour bien définir l'état de référence de l'état dégradé. On ne donne pas de valeur au stade de la succession.

- les différentes échelles ? juxtaposées, emboitées ?

- MK : les grilles d'évaluation proposent des indicateurs à chacune de ces échelles. Ça correspond à la démarche de la notation dans la directive cadre sur l'eau, la moins bonne attribuée note donne la note globale.

Christian Perennou, station biologique Tour du Valat: systèmes de suivi faisant appel à des indicateurs

- depuis 40 à 50 ans suivis d'oiseaux d'eau, monter des systèmes de suivi ou d'observatoire de zones humides. L'approche est plus large que biodiversité, d'autres aspects environnementaux sont pris en compte.
On s'est contentés de rester au niveau des descripteurs, parce que les acteurs locaux considèrent telle espèce comme emblématique (ex Pélican frisé à Prespa en Grèce).
- deux autres sytèmes : observatoire de la Camargue et observatoire des zones humides de la méditerranée. Essayer de réduire l'information dans quelques indicateurs moins nombreux : indice choisi = planète vivante du WWF, consiste à faire comme ODONAT pour l'Alsace, mais avec des milliers d'espèces (1970 en tout) en donnant le même poids à chaque espèce. Cet indicateur conçu au niveau mondial est ainsi testé à l'échelle méditerranéenne, et en particulier sur le site de la Camargue.
On peut décliner les jeux de données en fonction de ce qui nous intéresse.
Pb avec cet indicateur : on dispose de plus de données au Nord-ouest et certains oiseaux sont mieux suivis que le reste de la biodiversité.
Cet indice peut être utilisé pour sensibiliser les politiques à la perte de biodiversité .

- question posée sur les références glissantes : l'image que l'on se fait du bon état d'un écosystème. On s'éloigne peut-être de plus en plus de l'essentiel.

- Un bon exemple de ce problème de références glissantes : si on regarde cet indice à l'échelle mondiale, il est stable en région tempérée, alors qu'on observe une forte baisse en région tropicale. C'est lié au fait que la région tempérée a perdu sa biodiversité avant !

- David Kumurdjian : faisons le point sur les pistes de convergences et divergences dans les échanges qui ont eu lieu sur le cercle d'échange?

- Agnès Fortier : on a peu parlé d'indicateurs d'interactions entre la société et la nature. Des indicateurs co-construits par des experts, des gestionnaires et des utilisateurs.

- Christian Perennou : j'aurais quelques exemples,
tout d'abord dans le travail mené au lac de Prespa, autour de l'ours brun, vus les moyens locaux l'espèce est intéressante à suivre du point de vue des interactions avec les hommes (nombre d'observations, de ruches détruites ...).
Par ailleurs, un indicateur de deuxième génération, l'indice de spécialisation des communautés, se base sur le fait que les espèces sont plus ou moins généraliste ou spécialistes, l'indicateur mesure de facto la plus ou moins grande interaction avec l'homme

- un projet en cours sur biodiversité et chercheurs, en travaillant entre chercheurs et gestionnaires. Démarche assez longue, alors que les gestionnaires sont demandeurs de résultats rapides.
L'IBP (Indice de biodiv potentielle) a été co-construit entre chercheurs, gestionnaires, conseillers, il y a toujours des aller-retour entre experts et utilisateurs.

- chercheur CEMAGREF : revenons à la question abordée de la naturalité : en forêt on a facilement un état de référence, c'est plus difficile en milieu plus anthropisé

- Claudie Houssard : la nature comme la vie c'est inachevé, par rapport à un état de référence qu'il faut bien caractériser, cet état de référence ne peut s'évaluer que par des valeurs négatives.

- chercheur CEMAGREF : en forêt on a quelques reliques de forêts subnaturelles en Europe qui nous donnent un état 0. On n'a pas la même chose en prairie où on devrait avoir de la forêt.

- ca renvoie aussi à des questions philosophiques et éthiques, sur l'état de nature, vis à vis du grand public. Un public averti va comprendre ce qu'on appelle naturalité, un public moins au fait va confondre avec un espace où l'action humaine est peu visible (notion de wilderness)

- projet au Cemagref sur la trame verte et bleue en Auvergne : identifier les réservoirs de biodiversité. Le CREN a utilisé des indicateurs pour identifier les réservoirs. Un indicateur est le degré de naturalité, d'autres indices (shannon, ...). Tous ces indices ont été pondérés pour donner une idée de richesse et de biodiversité.

- Attention, il faut avoir la prudence de ne pas choisir comme indicateurs des espèces qui vont disparaitre bientôt.

ML Navas : reposer les questions de départ pour réouvrir sur la fin de la discussion :
- besoin d'indicateurs pour être efficace/ déclin de la Biodiversité
- dispersion des informations, domaines multiples, problèmes de protocoles
- appropriation par les publics
- moyens humains et financiers
- comment obtenir des indicateurs synthétiques
- cohérence et intégration dans les autres politiques publiques
- indicateurs capables d'intégrer dans leur construction les facteurs explicatifs

- TM Botreau, DGER : il me semble important d'aborder la question de l'intégration dans les politiques publiques ? On a plus évoqué l'amont. Investissement important dans la fabrication plus que dans l'utilisation de ces outils. Où mettre le curseur entre la précision que l'on veut avoir pour apporter une réelle plus-value dans l'action ? Ne faut-il pas apporter plus de moyens à l'action opérationnelle.

- Au vu de ce qui a été dit : on s'intéresse à des espèces et des espaces que l'on sait écologiquement très intéressants. Mais ça ne recouvre pas tout le territoire, qu'en est-il de la nature commune ? Comment prendre en compte cette nature ordinaire dans l'action ? On avait des objectifs pour 2010, mais le résultat n'est pas bon. On a régressé dans les objectifs du Grenelle ?

- Marine Legrand : Actuellement on travaille dur de nouveaux indicateurs prenant en compte des questions nouvelles , par exemple l'ISC basé sur les préferences thermiques des espèces : c'est sur ces indicateurs que l'on travaille le plus au Muséum

- Capucine Crosnier : dans le cadre des politiques publiques, plans d'actions et de restauration, on en est au démarrage, contruction d'un cadre logique des indicateurs, c'est un chantier ...

- Yves Muller : pour répondre à la question du coût de la mise en place de ces indicateurs, voici notre expérience régionale en Alsace : l'observatoire coûte aux collectivités 100 000 euros par an (le coût bénévole n'a pas été pris en compte).

- la question 1 est mal posée et ambigüe (besoin d'indicateurs pour être efficace/ déclin de la Biodiversité): un indicateur c'est fait pour communiquer et guider l'action. Distinguons les deux choses, l'indicateur illustre une situation, ensuite d'autres dynamiques jouent, notamment le lobbying. Les indicateurs ne sont pas l'alpha et l'omega de la conservation de la nature.
Pour ce qui est du coût, en fait c'est pas cher parce que c'est beaucoup de bénévolat.

- l'objectif maintenant c'est d'identifier les relations causales de disparition de la biodiversité. Les acteurs de terrain veulent qu'on leur prouve que certaines actions sont néfastes à la biodiversité avant d'agir.

- ce qui est nécessaire c'est la représentation de la connaissance le SINP est important, les savoirs faire locaux y ont leur place.

- John Thompson : on a également besoin de regarder ce qui va se passer dans l'avenir, un troisième pas de temps dont on n'a pas parlé qu'il ne faut pas écarter.

- Témoignage d'une participante québecoise : Au Québec (Laval), on parle aussi beaucoup de nombre d'espèces, il faudrait se pencher sur des indicateurs de fonction (ex capacité de filtration d'un écosystème). La perte d'1 sp en tant que telle n'est pas ce qui pose le vrai problème.

Synthèse de la reformulatrice, ML Navas :

Rappel : Les questions posées par le CS du colloque

  • * Besoin d’indicateurs pour être efficace dans l’arrêt du déclin de la biodiversité

  • * Dispersion des informations, problèmes de protocoles

  • * Appropriation de différents indicateurs par différents publics

  • * Pb de moyens humains, financiers

  • * Obtenir des indicateurs synthétiques, comparaison de différentes stratégies (par le haut ou par le bas)

  • * Cohérence et intégration des indicateurs dans les politiques publiques

  • * Indicateurs intégrant des éléments explicatifs dits de seconde génération

L’importance de la donnée :
Nombre et centralisation des données en font la valeur.
Qualité des données :

  • * Majorité des données sont collectées par des bénévoles. Faut-il former certains amateurs ? sur des groupes difficiles ? calibration ante recueil ?

  • * professionnaliser l’acquisition de la donnée ? la rémunérer ?


Acquisition des données : des approches complémentaires

  • * Système « cathédrale » très cadré, structuré par rapport à un besoin initial clairement énoncé

  • * Système « souk » plus libre, fondé sur l’implication individuelle qui peut donner des réponses à d’autres questions


Les indicateurs discutés :
21. Question majeure : indicateurs de suivis spatio-temporel long terme de diversité spécifique à l’échelle nationale ou régionale.

Richesse et abondance de groupes taxonomiques définis
Approche essentiellement taxonomique ; parfois uniquement espèces patrimoniales.
Le plus prêt de la donnée naturaliste mais abordée différemment selon les groupes

Indicateur global= agrégation d’indicateurs simples
ex Living planet index : agrégation des données de toutes espèces avec même poids chacune au niveau planète avec base 1970.
utiles pour prise de conscience politiques et citoyenne : « communiquer » avec un chiffre mais problème de signification pour des publics avertis
Limites de ces indicateurs globaux :

  • * gomment les dynamiques individuelles y compris en fonction de rareté.

  • * extension à biodiv globale à partir de qq groupes.

  • * dépossession de la donnée

  • * intégration dans PP


Interprétations

22. Indicateurs de fonctionnalité des systèmes
moins intuitifs (ex Espèces parapluies) mais nécessaires au niveau communauté, paysage..
Question de l’état de référence ??? expertise nécessaire pour détecter les décalages (naturalité)

23. Indicateurs d’interaction avec activités homme
Souvent Indicateurs indirects
Ex : Indice de spécialisation des communautés en émergence
Peuvent être indicateurs de gestion (Indice de Biodiversité Potentielle)

24. Indicateurs de prédiction
Nous n’avons pas abordé la question d’indicateurs de prédiction pour l’avenir car ce sont surtout le passé et le présent qui ont été investis.

Réflexions liées à la mise en place des indicateurs
31. Utilisation des indicateurs
Prudence, humilité dans l’utilisation des indicateurs .
Est un moyen de communication

31. Convergence entre indicateurs
Des réponses différentes peuvent être liées à une question trop globale qui doit être déclinée en questions plus simples.
Approches pluri-groupes pour avoir une meilleure approche

32. Place de la culture naturaliste
Inclure les connaissances naturalistes ss + savoirs traditionnels
En danger actuellement : participe à la prise de conscience de l’importance de la protection de la nature
Valoriser les questions posées dans lesquelles cette culture est incontournable.